INTERVIEW

 

INTERVIEW PIANO VISION
Mélanie Gauthier: Après vous avoir écouté et vu, je me suis demandé comment je pourrais qualifier votre style... vous le définiriez comment ?

Fred : J'ai beaucoup écouté des artistes mélodistes comme Mehldau, Chopin, je crois qu'ils m'ont influencé, un peu comme des grands frères d'âmes, sans pour autant me dénaturer. J'ai toujours tenu à garder mon identité dans ma musique.
Séb : Oui c'est vrai qu'on voudrait toujours classer l'art alors que l'univers de chacun est unique, dans Piano Vision j'ai vraiment le sentiment de faire quelque chose qui m'est propre.
Nico : Moi j'ai vraiment aussi voulu m'affirmer, sans jouer de manière stéréotypée. Avec Fred je crois qu'on fait une musique imaginaire, je veux dire qui va dans le sens de nos ressentis et pas dans quelque chose que l'on connaîtrait déjà de quelqu'un d'autre. Faire un concert audio-visuel, faut être bien hors norme déjà rien que pour avoir l'idée! (rires)

M.G. : Alors de quelle manière est venu l'idée de ce concert audio-visuel ?

Nico : La musique laisse des possibilités énormes créativement parlant...
Séb : C'est clair, quand t'écoutes des titres de Tiersen, Metheny et tous ces types, qui ont un univers bien à eux, tu mixes déjà tes images dans ta tête à la première écoute. Un ami à moi, V.J., mixait ses images dans les boîtes de nuit parisiennes, et j’ai trouvé ça fascinant... Du coup, je crois qu'on s'est tout de suite compris avec Fred.
Fred : Exact! Il y a à la fois souvent un tel départ aux rêves et un tel flou autour de la composition musicale, que c'était l'opportunité pour moi en quelques sortes de matérialiser ma musique. En l'illustrant… presque la rendre palpable.

M. G. : Etes vous surpris de l'accueil du public?

Séb : Oui ! On est super heureux de la réaction des gens. Et puis tu sais je trouve ça fou, excitant même, quand, dans la même projection, quelqu'un vient me parler de telle image à tel endroit sur la musique et qu'il l'interprète d'une manière complètement différente de celle du mec qui était placé deux sièges à coté ! Finalement tu t'aperçois que chacun s'approprie un sens à ce qu'il voit et entend, c'est bien la preuve qu'on fait appel à l'intérieur des gens, à leur histoire, à leur vécu.
Nico : C'est vrai qu'on essaie d'aller titiller le plus de sentiments différents chez chacun, à chaque fois on vient me dire qu'on a pas vu le temps passer après un concert, qu'on se sent apaisé et relaxé...
Fred : C'est à se demander pourquoi on essaie encore de se détendre avec des tisanes au tilleul le soir dans son fauteuil...! (rires) Plus sérieusement c'est vrai qu'on essaie d'avoir la palette d'émotions la plus grande et de toucher un maximum les gens dans leur moi le plus profond. Plus on travaille avec Séb et Nico plus j'ai envie de traiter de sujets différents!

M. G. : Et l'alliance de vos arts a dû nécessiter quelques adaptations au départ, non ?

Nico : En fait on est tous les trois issus d'horizons différents, mais il n’y a pas de barrières, au contraire chacun s'est enrichi de la sensibilité de l'autre et tout se fait assez naturellement au final.

M. G. : Il paraît que le fantasme absolu du musicien serait de hanter les salles obscures, et, celui du cinéaste de laisser parler l'image d'elle même...vous êtes comblés ?

Fred : C'est vrai ça que j' ai toujours eu envie de poser un piano devant l'écran au cinoche ! Mais bon tu sais, on est des éternels insatisfaits dans le fond, alors j'suis pas sûr qu'on soit comblés...
Séb : En tous cas les images savent parler c'est certain...et comme je chante archi-faux ça m'arrange !

M. G. : La part de créativité avoisine les 100% finalement...la recette de la potion magique est tenue secrète ?

Nico : C'est surtout du travail et une perpétuelle remise en question ! Jouer dans des chiffrages tordus comme le 5/4 ou le 9/8, c'est une manière d'apprendre encore plus de nous même et de se dépasser constamment.
Séb : Tu sais on n’a pas de recette… mais la réflexion artistique en tous cas est intense et continue !

M. G. : Sur scène, vous semblez vraiment être corps et âmes imprégnés de sentiments, qu'est ce que vous ressentez une fois les projecteurs allumés ?

Nico : De la "zénitude"! (rires)
Fred : Oui ! Un peu comme après s'être livré à quelqu'un... t'as froid, t'as chaud, t'es bien, calme, serein, en référence à Baudelaire, comme l'albatros en vol au dessus du bateau !

M. G. : Quelle est votre ambition pour l'avenir au sein du groupe ?

Nico : Viser d'autres festivals et des belles salles de concerts...
Séb : Continuer en somme !
Fred : Oui continuer et évoluer, quand je vois la tournure des choses le temps passant, ça me donne vraiment envie d'approfondir. Tu vois on se sent de plus en plus à l'écoute de l'autre et de nous même tous les trois je crois, et je sens que notre "mission" est encore longue et grande, j'veux dire que j'ai le sentiment d'avoir plein de choses à accomplir avec Nico et Séb encore, et autant à transmettre...

Propos recueillis à Paris, le 11 janvier 2006 par Mélanie Gauthier pour l'Institut National des Médias et de l'Information.

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